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« Globalisation » et « anti-globalisation » chez les communistes russes

Henri DUQUENNE

IEP de Paris-CERI

Index matières

Mots-clés : communisme, globalisation, transition, Russie, Ziouganov

Plan de l'article

Texte intégral

 

Avant même la chute du régime soviétique, on pouvait lire dans la revue Kommunist en 1990 :

Plus que toute autre, l’idéologie socialiste est bien celle qui répond au défi principal de notre époque contemporaine : l’internationalisation, ou la globalisation de toute la vie publique ; le principal dénominateur de changements à la fin du XXe siècle est le facteur de globalisation des vies sociales, économiques et politiques des peuples, celui-ci s’accompagnant dans le même temps de la globalisation des dangers qui menacent l’espèce humaine.[1]

Le terme de « globalisation » faisait alors une entrée remarquée dans les discours des hommes politiques russes. Le début de la perestroïka puis la disparition de l’URSS se sont accompagnés dans le champ lexical de nouvelles entrées épistémologiques visant à doter la langue russe « de termes recouvrant des notions inconnues – ou prohibées – pour les Russes au temps de l’Union soviétique. On a vu ainsi apparaître tout un lexique économique et financier, le plus souvent directement emprunté à l’anglais (américain). […] Parmi les derniers-nés, on relève le mot de globalizatsia »[2]. Le concept de globalisation/ mondialisation désigne généralement le processus qui voit le développement de liens d'interdépendance croître entre hommes, systèmes politiques et financiers, domaines des communications et de l’information, à l'échelle du monde. Ce phénomène touche la plupart des activités humaines avec des conséquences et une temporalité propres à chacune[3]. Le terme « mondialisation » est apparu dans la langue française au milieu des années 1960 puis n’a cessé de prendre de l’importance pour se généraliser au cours des années 1990. Plus que les aspects culturels ou politiques, c’est l’économique qui retient le plus l’attention des observateurs : l'interdépendance croissante des économies et l'expansion des échanges de biens et de services font que ce processus est le plus souvent envisagé sous son seul aspect économique. C’est ce dernier qui cristallise la plupart des critiques faites à la globalisation : en réponse, les mouvements hostiles aux logiques libérales et à la suprématie grandissante des Etats occidentaux sur le reste du monde naissent presque simultanément. Nous prendrons en considération pour ce travail les termes de « globalisation » et de « mondialisation » comme des synonymes, sans leur trouver de différenciation de sens fondamentale comme le pense notamment Jean-François Bayart, considérant que le mot de « globalisation » s’est imposé dans le lexique international de la recherche, les Français restant les seuls à lui préférer celui de « mondialisation »[4]. L’utilisation indifférente des termes « mondialisation » et « globalisation » par les communistes russes peut montrer une certaine reconnaissance des recherches françaises sur le processus. Dans les écrits des idéologues communistes de la Russie contemporaine, les termes sont employés sans différence de sens particulière[5], peut-être plus pour des facilités lexicales.[6]

Quelles ont été dans ce contexte la réception et l’appropriation des concepts de « globalisation » et « anti-globalisation » au sein de la classe politique russe ? Afin de répondre à cette interrogation centrale, nous étudierons un grand nombre de textes et de discours du premier secrétaire du Parti Communiste de la Fédération de Russie – PCFR –Guennadi Ziouganov, qui sont révélateurs des références idéologiques de la plupart des responsables du parti, mais aussi les mouvements alternatifs au cadre de pensée dominant au parti communiste, les jeunes générations et les organisations parallèles qui refusent les visions « conservatrices » et « archaïques » des dirigeants. Une attention plus particulière sera accordée aux réseaux établis autour de l’Institut des Problèmes de la Globalisation – IPROG (Institut Problem Globalizacii) et de l’Institut « Action Collective » – IKD (Institut « Kollektivnoe dejstvie »).

Les concepts occidentaux et leur réception en Russie dans les premières années qui suivent l’effondrement de l’URSS

Comme partout ailleurs au début des années 1990, en Russie le concept de « globalisation » recouvre des réalités peu définies concrètement, sans consensus réel de la part des spécialistes. Dans les premières années de son apparition et de son utilisation, le terme de globalizaciâ recouvre des réalités et des processus plutôt flous dans les écrits des scientifiques, comme dans ceux des politiques russes ; la période de transition n’en est qu’à ses débuts en Russie étant donné que l’on ne voit pas à quel stade de sa démocratisation et de son évolution libérale le pays se situe. Le seul effondrement de l’URSS intègre-t-il nécessairement la Russie comme un des acteurs du monde globalisé ou bien sont-ce plutôt les années du pouvoir eltsinien et les réformes radicales qui débouchent sur cet état de fait ? La délimitation temporelle est aussi vague que la définition du terme lui-même. Elle est perçue, de manière générale, comme « la diffusion des actions d’un facteur bien défini dans un grand nombre de pays, au delà des frontières d’un territoire étatique comme peuvent l’être les actions d’une organisation comme l’OTAN qui cherche à étendre sa zone d’influence au-delà des frontières de ses pays membres, ou bien encore l’influence d’une idée. »[7]

La fin de la période de transition ne pourrait-elle pas être le moment où la Russie entre définitivement dans l’ère du monde globalisé ? C’est sur ce point que les discours anti-globalisation des communistes russes commencent par se focaliser : à la suite de l’effondrement de l’URSS, la Russie ne serait devenue qu’une périphérie, une partie du globe non intégrée au reste du monde globalisé, une victime des nouvelles relations établies entre les Etats développés, plus qu’un partenaire privilégié. Il est communément admis que les termes de « globalisation » et de « mondialisation » renvoient non pas à un état, mais bien à un processus ou au résultat d’un long processus socio-historique. Guennadi Ziouganov, premier secrétaire du parti depuis sa création, divise ainsi l’histoire mondiale en différentes périodes : l’ère des traités de Westphalie, l’ère du Congrès de Vienne, l’ère du Traité de Versailles, l’ère de la Conférence de Postdam, puis l’ère du Traité de Biéloviéj qui entérine la dissolution de l’URSS. Cette dernière rappelle selon lui « les ornières fatales du système du traité de Versailles, qui se proposait d’isoler et de démembrer la Russie, ce pays à « éliminer » de la politique mondiale »[8]. Cette régression est de plus accompagnée par le sentiment que le système des relations internationales tend rapidement à redevenir bipolaire, cette fois-ci sur le modèle « Occident contre tous les autres », à cause de la volonté de « diktat global exclusif » des pays occidentaux. Dans la première moitié des années 1990, le terme même de « globalisation » n’est pas encore complètement intégré au discours des élites politiques russes qui lui préfèrent les termes d’ordre géopolitique plus large de “nouvel ordre mondial” (Novyj mirovoj porâdok) ou « nouvelles relations internationales » (Novyj porâdok meždunarodnyh otnošenij). Les malheurs qui accablent la société russe post-soviétique ne sont pas exclusivement le fait de facteurs « domestiques » apparus lors de la perestroïka, mais plus encore de facteurs exogènes qui définissent désormais les nouvelles relations internationales. G. Ziouganov constate :

[une] multiplication des situations de crises globales dans tous les domaines de l’activité humaine, de l’économie et du politique jusqu’à la culture et la religion ; un effondrement de l’équilibre géopolitique dont se portait historiquement garant ces trois derniers siècles la Russie (l’URSS) ; un début de la réalisation pratique des plans devant mener à l’établissement du “nouvel ordre mondial”, se caractérisant essentiellement par la mise en place d’un régime planétaire de dictature politique, économique et guerrière de l’Occident avec à sa tête les Etats-Unis.[9]

Le Parti Communiste de la Fédération de Russie devient rapidement l’un des acteurs majeurs du système politique multipartite du début des années 1990.[10] Sa création officielle, à la suite du verdict prononcé en novembre 1992 par la Cour constitutionnelle autorisant la formation des structures de bases d’un parti communiste, lors de son deuxième congrès constitutif les 13-14 février 1993 est la réponse des communistes russes aux décrets du président Eltsine qui avait interdit et dissout les structures du PCUS et du PC de la RSFSR sur le territoire fédéral un an et demi plus tôt. L’apparition légitimée de ce nouvel acteur sur la scène politique moins de deux ans après la chute de l’URSS facilite la remise en cause rapide des accords de Biéloviéj, dénoncés comme étant l’œuvre de saboteurs au sein même de l’appareil d’Etat soviétique, influencés et dirigés depuis l’Occident.[11] Le discours anti-globalisation qui s’installe progressivement dans les débats politiques campe sur une position défensive et de rejet. Durant la période d’interdiction des partis communistes sur le sol russe, ceux qui vont devenir les dirigeants du parti refondé en 1993 s’affichent au sein de coalitions très hétérogènes pour la « défense de la patrie » et adoptent ensemble des déclarations pour la constitution d’une opposition unie qui anéantirait la confrontation entre les « blancs » et les « rouges », entre la droite et la gauche[12]. Le 3 mars 1992, la Déclaration de l’opposition unifiée aux citoyens de Russie (Obraŝenie ob’’edinënnoj oppozicii k graždanam Rossii) avait été signée par des mouvements aussi variés que le Fonds de Restauration du temple du Saint-Sauveur (Fond vosstanovleniâ hrama Hrista Spasitelâ), le Parti Russe de la Renaissance Nationale (Russkaâ partiâ nacional’nogo vozroždeniâ), l’organisation « Renaissance Chrétienne » (Obŝestvo »:Hristânskoe vozroždenie:»), le Parti Socialiste des Travailleurs (Socialističeskaâ partiâ trudâŝihsâ), le Parti Communiste Ouvrier de Russie (Rossijskaâ kommunističeskaâ rabočaâ partiâ), l’ « Assemblée Nationale Russe » (« Russkij nacional’nyj sobor »), ou encore l’« Assemblée Panslave » (« Vseslavânskij sobor »). G. Ziouganov en est l’une des figures les plus actives. De fait, l’idéologie dominante au sein des organes centraux du parti n’est pas celle du courant marxiste-léniniste, ni celle des défenseurs de la sociale démocratie à l’œuvre dans les Pays d’Europe Centrale et Orientale, ni celle des internationalistes, mais plutôt celle des « nationaux-patriotes », courant de pensée qui est jusqu’aujourd’hui privilégié et défendu avec beaucoup de virulence par les dirigeants. Le nouveau cadre théorique et les nouvelles références idéologiques qui ont la préférence des chefs du parti influencent fortement les conceptions et les analyses qu’ils font de l’évolution des relations internationales à la suite de l’effondrement de l’URSS. Considéré comme le plus grand parti de gauche[13] en Russie tout au long des années 1990, le parti de l’opposition le plus visible et le plus populaire, le PCFR doit rapidement se positionner par rapport aux mouvements internationaux hostiles au processus de globalisation. Parallèlement, le PCFR et ses alliés politiques sont considérés par de nombreux politologues comme « le noyau central de la « gauche » russe, luttant contre le programme des réformes du marché et la transformation de la Russie en une zone périphérique du capitalisme occidental. »[14]

L’un des autres centres de contestation des réformes libérales est constitué « de groupes qui se distinguent idéologiquement du PCFR » et sont définis comme un « conglomérat peu nombreux mais actif, d’organisations marxistes orthodoxes, de trotskistes, d’"antiglobalistes", et d’organisations de jeunesse radicales comme le Parti National Bolchevique par exemple »[15]. Plusieurs chercheurs s’accordent par exemple pour dire que la nature politique profonde du PCFR « est celle d’une formation nationaliste conservatrice de droite […] mais sur le plan idéologique il se réclame de la gauche, et bénéficie d’un réel soutien de la gauche traditionaliste ainsi que d’une partie de l’électorat démocrate de gauche ».[16]

Le virage nationaliste opéré par plusieurs dirigeants peut s’expliquer à priori facilement dans le contexte de l’anéantissement du mouvement communiste international. Le « patriotisme d’Etat » défendu par G. Ziouganov en réponse à « l’agression occidentale globale » peut apparaître à certains moments semblable aux théories xénophobes et empreintes de chauvinisme qui caractérisaient jusque là le discours de Vladimir Jirinovski.[17] La direction du parti affirme à plusieurs reprises que dans les conditions de la globalisation, « l’essentiel n’est pas l’opposition travail-capital », mais « la contradiction plus vaste entre cosmopolitisme et patriotisme »[18]. Comment dès lors envisager l’insertion du PCFR dans un mouvement anti-globalisation russe ou international plus vaste ?

L’Occident, et plus précisément les Etats-Unis, sont montrés du doigt : ils apparaissent comme les principaux responsables mais surtout les principaux bénéficiaires du « nouvel ordre mondial ». Ce dernier concept est défini comme « une batterie de techniques mondialistes visant à instaurer la dictature globale d’un Occident cosmopolite afin de préserver l’illusion de son leadership politique, économique et militaire »[19].

Présentés comme les organisateurs à distance des troubles qui ont conduit petit à petit à l’affaiblissement et à la disparition de l’Union Soviétique[20], les Etats-Unis sont la cible privilégiée des attaques virulentes de ceux qui se réclament de l’héritage idéologique du PCUS. La chute de l’URSS marque donc de facto le début d’une nouvelle ère dont les caractéristiques et les définitions varient selon les différentes familles politiques. Le terme de « globalisation » demeure fortement associé dans le domaine géographique aux Etats-Unis, en géopolitique à la notion d’impérialisme, dans le domaine économique au capitalisme. Ce sont ces trois aspects associés qui reviennent le plus fréquemment dans les définitions que les communistes russes font du processus de globalisation :

Au milieu des années 1990, le capitalisme impérial est entré dans sa phase suprême et finale, celle de la globalisation, époque de l’union multilatérale de l’humanité sous le pouvoir capitaliste en tant qu’affirmation maximale et développement des relations capitalistes, mais aussi transformation de la planète en un marché économique uni où dominent les corporations transnationales.[21]

Afin de théoriser les postulats idéologiques du PCFR, des groupes de réflexion sont rapidement créés dans les différentes cellules du parti au niveau régional et les premières thèses sont élaborées simultanément. Deux des thèmes de travail devenus habituels s’intitulent « Le fascisme libéral, réflexions sur un pouvoir arbitraire » et « Les problèmes de la globalisation »[22]. La force politique du parti au milieu des années 1990 fait des prises de position des dirigeants des références à analyser et nuancer pour le reste de la classe politique. Le 7e Congrès du PCFR, qui s’est tenu les 2 et 3 décembre 2000, adopté une résolution intitulée « De notre position à l’égard de la globalisation impériale » (« Ob otnošenii k imperialističeskoj globalizacii »)[23]. Ce type de document à portée internationale n’inclut que peu d’éléments du discours national-patriotique traditionnel. Il est rédigé selon des critères stricts pouvant trouver un écho favorable au sein des mouvements anti-globalisation à l’étranger. Marx, Engels ou Lénine sont tout naturellement cités dans ce type de texte qui sera adressé par la suite aux responsables des autres partis communistes nationaux[24]. On peut y lire que la nature du capitalisme n’a pas changé, les ressources matérielles, laborieuses et intellectuelles planétaires sont toujours exploitées. Mais il est devenu plus agressif encore, puisqu’il sert désormais « les intérêts de l’impérialisme de l’époque du capital transnational ». L’une des principales missions du parti est de « détrôner la stratégie de la prétendue globalisation et créer les garanties nécessaires au maintien des richesses naturelles et des ressources productives et intellectuelles au sein de chaque pays »[25]. La globalisation est vue comme un « processus contradictoire » :

D’un côté, elle tend à l’approfondissement des liens d’intégration dans les domaines de l’économie, de la science, de l’éducation et de l’informatisation. De l’autre, le capitalisme contemporain utilise ces tendances comme un instrument de légitimation universelle du “nouvel ordre mondial”, profitant de la situation actuelle où la majorité des pays et des peuples du monde sont à différents stades de développement.[26]

Ce texte fait référence aux écrits de Lénine, quand ses auteurs déclarent que l’actuel modèle de globalisation porte un caractère « profondément parasitaire » son idéologie et sa pratique doivent mener au soulèvement des masses exploitées. Les communistes sont appelés à prendre la tête de cette lutte, en ce qu’ils sauront être le lien entre chaque participant de ce processus, en détruisant « l’essence criminelle et impérialiste » de la globalisation, en permettant à chaque Etat de garder sa souveraineté et son intégrité territoriales, mais aussi l’originalité culturelle et nationale de chaque peuple. Les aspects révolutionnaires et internationalistes de l’idéologie communiste sont ici très présents, à la différence des textes publiés et destinés à une audience exclusivement interne à la Russie. Les références aux classiques communistes sont plus facilement révélées. Le PCFR en appelle à « l’union de toutes les forces de gauche, communistes et progressistes de la planète », et à la « solidarité internationale des travailleurs » dans le « combat qu’il faut mener contre la nature impérialiste de la globalisation contemporaine »[27].

Pour autant, les contacts établis avec les partis communistes ou les partis « de gauche » au niveau international restent limités à des partenaires historiquement et idéologiquement plus proches de l’URSS ou de la Russie soviétique, les liens avec des partis communistes occidentaux comme les héritiers du Parti Communiste Italien ou le Parti Communiste Français sont quasi-inexistants, notamment à cause de différends idéologiques apparemment insurmontables.[28] Dans la résistance qu’il mène face à la « globalisation à l’américaine », Ivan Melnikov, premier vice-président du parti, se félicite de travailler conjointement avec un grand nombre de partis progressistes, qu’il cite lors de la préparation du plénum du Présidium du Comité Central du 20 décembre 2004 :

Le PCFR continue de développer ses liens avec les partis politiques à l’étranger. […] Les relations avec les partis frères des pays de la CEI sont notre priorité. […] Comme auparavant, nous accordons une attention particulière à nos relations avec les partis communistes de Chine, du Vietnam, de Cuba, avec le Parti du Travail de Corée et du Parti Populaire Révolutionnaire du Laos. […] Ces contacts permettent au parti d’occuper sa juste place au sein du mouvement communiste et de gauche. Les invitations à participer à des grandes conférences internationales de partis politiques que reçoit le PCFR sont pour nous la preuve de son prestige.[29]

La « globalisation à l’américaine », stade suprême de l’impérialisme

Si en Occident le concept de « globalisation » a pu revêtir des aspects positifs et bénéfiques, en ce qu’il a été synonyme d’avancées technologiques, de progrès multiples, de processus de démocratisation, il est considéré en Russie comme une menace par un grand nombre de figures politiques et par la majorité de la population.[30] L’un de ses aspects les plus criants est la peur qu’une « révolution orange » voie le jour en Russie. Sergueï Kara-Murza place les récentes « révolutions » pacifiques en Géorgie et en Ukraine dans la lignée de plusieurs changements de régimes de la seconde moitié du XXe siècle, tous plus ou moins inspirés et financés par les Etats-Unis : la révolte de 1956 en Hongrie et le « printemps de Prague » en 1968 en sont les signes précurseurs, alors que les événements de mai 1968 en France, la « révolution Solidarność » en Pologne, la chute du Mur de Berlin, le changement de pouvoir en Bulgarie, la révolution de velours en Tchécoslovaquie, la chute de Nicolae Ceausescu en Roumanie et celle de Slobodan Milosevic en Serbie en sont la continuité[31] . De plus, chaque domaine qui porte la marque d’un progrès dû à la globalisation est critiqué comme étant un nouveau moyen de domination et d’imposition des valeurs américaines sur le reste du monde : « les victoires technologiques et l’informatisation globale n’ont rendu le monde ni plus juste, ni plus sûr »[32]. Ainsi, les avancées technologiques dans le domaine des télécommunications servent nécessairement les forces impérialistes. La révolution de l’information sert, de fait, de base technique au processus de globalisation.[33] Le contenu douteux de cette « inondation globale » d’informations, et le peu « d’utilisation constructive » qui est faite de ces ressources par le consommateur, amènent le PCFR à qualifier cette révolution de dispositif de « consommation de masse hypnotisante » :

La possession de l’information et la direction de ses flux se transforment en principaux instruments de réalisation d’un contrôle total et de concrétisation d’une domination globale.[34]

L’idée d’une culture commune à l’ensemble de la planète est tout autant réfutée. La culture de masse est une « entreprise commerciale qui a pour but de faire des profits et de diffuser la propagande des idéaux de la société de consommation »[35]. G. Ziouganov y oppose l’« originalité nationale ». La culture globale ne peut rien contre les traditions nationales et religieuses des peuples.

D’une manière plus générale, les dénonciations de l’Occident en tant que promoteur et imposeur de schémas de développement pour la Russie sont fréquentes dans les critiques que les politiques russes adressent à leurs homologues américains et européens. En pressant la Russie d’épouser au plus vite les règles de l’économie de marché, en fixant des délais, en ignorant la réalité du terrain, les politiques russes considèrent que l’Occident joue le même rôle que l’agence d’Etat pour la planification de la période soviétique, un nouveau Gosplan. Ils arguent du fait que les capitaux occidentaux et internationaux ne peuvent plus aujourd’hui changer la donne de manière décisive[36]. Les responsables politiques du Kremlin affirment que la politique étrangère d’un Etat aussi jeune que la Russie non communiste ne peut apporter des réponses adéquates dans tous les domaines.[37] L’ancien premier ministre Evgueni Primakov parle en 2001 de la globalisation en des termes très vagues :

Processus sujet à diverses interprétations et controverses défiant une appréciation claire et compréhensible d’un phénomène qui est devenu incontournable dans les travaux scolaires et académiques, qui est toujours autant à la mode que dans les années 1990.[38]

Il réfute les accusations des communistes russes sur la division sans cesse croissante entre le « milliard doré » de la population mondiale qui vit richement et le reste de la population, car il considère la globalisation comme un processus inachevé, que l’on ne peut donc pas blâmer tant que l’on n’en a pas atteint le terme. Dans cette perspective, les Etats-Unis qui sont aujourd’hui les leaders du processus de globalisation, ce dernier ayant marqué la fin de l’ère des super-puissances, ne sont pas garantis de dominer éternellement en matière économique le reste du monde. Il est donc faux de tenir le monde globalisé pour unipolaire. E. Primakov qualifie la globalisation d’état de dé-idéologisation des relations internationales. C’est cette dé-idéologisation qui a créé en retour un environnement favorable pour le processus de globalisation dans le domaine économique.[39] En ce qui concerne le rôle de la Russie et son évolution dans le contexte de la globalisation, il est perçu par la plupart des proches de Vladimir Poutine comme « pragmatique », un terme que l’on rencontre très fréquemment dès lors que l’on cherche à qualifier la politique extérieure contemporaine de la Russie. Mener une politique isolationniste serait selon eux contre-productif, qu’il s’agisse des sphères de l’économique ou du politique, mais le choix qui est fait par la Russie est tout de même défini par E. Primakov comme nécessairement « à part », une sorte de « juste milieu », « non pas un retour à un système commandé et administré par le haut, mais un choix entre un marché civilisé et la domination d’un groupe d’oligarques ; entre la loi, que chacun doit respecter, et les pratiques illégales ; […] entre une régulation et un contrôle étatiques et le chaos du marché »[40]. Dans la conclusion de son article, E. Primakov énonce deux scénarios possibles pour l’évolution des relations internationales au XXIe siècle : d’un côté l’ONU tendrait à ne devenir qu’une simple organisation internationale comme d’autres à cause de l’influence grandissante et des tendances à l’élargissement de l’OTAN en Europe. La Russie serait donc amenée à trouver d’autres partenariats stratégiques avec la Chine et l’Inde, pays avec lesquels elle formerait un bloc uni de coordination de leurs actions et de défense de leurs intérêts nationaux, créant de fait un nouvel ordre mondial. De l’autre, nous assisterions à un effacement progressif des Etats-Unis dans les relations internationales à la faveur d’un repli sécuritaire américain. Dans ce deuxième cas, l’intégration politique et économique mondiale de la Russie et la Chine s’effectuerait graduellement, sans délais artificiels imposés de l’intérieur comme de l’extérieur.[41] Les élites politiques du PCFR pensent que c’est le premier scénario qui sera amené à se réaliser tant les Etats-Unis influent sur le reste du monde, donnant à l’OTAN la possibilité d’intervenir, mais aussi en se réservant le droit de déclencher une guerre hors de leurs frontières sans l’aval du Conseil de Sécurité. C’est donc pour contrebalancer cet ordre établi que la Russie est amenée dans les années à venir à renforcer ses contacts avec l’Inde et la Chine.[42] Les visites et les contacts de G. Ziouganov dans ces deux pays sont au moins aussi nombreux que celles de Vladimir Poutine en tant que chef d’Etat.

Régulièrement, des « formules chocs » sont employées pour dénoncer ce qui apparaît pour être des avancées au sein du monde occidental, mais qui transposé en Russie devient un instrument de coercition au service du pouvoir en place. Ainsi, le système de comptage automatique et informatisé des voix lors d’élections locales, mis en place lors de quelques scrutins en Russie ces dernières années est qualifié non pas d’avancée technique induit par la globalisation mais de « camp de concentration électronique »[43]. En effet la Russie est souvent présentée comme le pays qui a eu le plus à souffrir de l’avènement de l’ère globalisée, même si un retour en arrière n’est plus envisagé depuis plusieurs années, au Kremlin comme au sein des communistes russes, qui déclarent s’être adaptés aux nouvelles conditions de leur existence et par là-même aux conditions du marché, tout comme aux règles de lutte pour le pouvoir des systèmes politiques pluralistes. L’URSS n’est pas perçue comme un système politique, social et économique vers lequel il faut à nouveau tendre ; elle n’a été en réalité que « le successeur géopolitique naturel de la Russie historique millénaire »[44]. Le salut de la Russie contemporaine n’est donc possible qu’à condition de renouer avec cette continuité multi-séculaire, tout en la complétant et en la modernisant face aux défis du monde actuel. Les menaces que font peser la globalisation devraient donc inévitablement amener la Russie à assurer sa sécurité par le biais d’une influence renforcée sur les territoires voisins. Dans ce contexte, le chemin que doit emprunter la Russie contemporaine doit être défini par opposition aux volontés occidentales.

On constate que les termes de « globalisation » et d’« américanisation » sont de plus en plus souvent employés comme des synonymes dans les textes des responsables communistes[45]. Les Etats-Unis sont « la citadelle de l’impérialisme » depuis laquelle « les monopoles transnationaux s’emparent du pouvoir par le biais de la globalisation, stade impérialiste de développement du système capitaliste »[46]. L’un des outils majeurs de la domination américaine sur le monde est sa force militaire. Plus encore que son armée nationale, c’est l’OTAN qui est accusée de servir ses intérêts stratégiques. Elle est l’organisation qui garantit le moins la stabilité des relations internationales en raison de ses activités guerrières illégitimes : depuis la fin du monde bipolaire : le fait qu’elle « ne tienne pas compte de l’avis du Conseil de Sécurité de l’ONU n’aurait jamais été possible »[47] du temps de l’URSS. Les adversaires de l’expansion de l’OTAN à l’Est de l’Europe « l’assimilent à la progression, vers le territoire russe, d’une coalition ennemie sous commandement américain. […] Ils s’opposent donc à l’élargissement de l’OTAN dans lequel ils voient un instrument pour accroître la sphère d’influence américaine »[48]. La globalisation « à l’américaine » est réaffirmée comme étant la manifestation la plus néfaste du processus : la diffusion, les lectures et les interprétations qui sont faites de l’ouvrage de Zbigniew Brzezinski, le Grand Echiquier, l’Amérique et le reste du monde, donnent les arguments allant dans le sens des idéologues du PCFR. Il est considéré comme l’ouvrage de base de la théorie de domination du monde à l’œuvre dans les cercles politiques américains. On y trouve les origines et les références de la politique extérieure des Etats-Unis depuis plusieurs décennies. Par ailleurs, la parution de cet ouvrage achève de convaincre les dirigeants du PCFR de la nature profondément stratégique de leur territoire national en ce qu’il définit l’Eurasie comme la partie du « Grand Echiquier » à maîtriser et contrôler. Les récentes tensions observées entre le Kremlin et Washington autour de la crise iranienne, de la volonté des Etats-Unis d’installer des systèmes de boucliers anti-missiles en Europe de l’Est, ainsi que l’élargissement de l’OTAN, sont présentés comme des tendances belliqueuses et dominatrices des Etats-Unis et de leurs alliés, dirigées avant tout contre les intérêts et la sécurité du pays.

Alliances stratégiques et idéologiques, la mise en avant de la géopolitique aux dépens des questions sociales

Le choc des civilisations de Samuel Huntington est également revisité à de nombreuses reprises par les dirigeants du parti. G. Ziouganov conclut la lecture de cet ouvrage par des considérations allant dans le sens du théoricien américain :

La séparation historique de l’humanité en différentes zones culturelles et historiques, ou plutôt en différentes civilisations, est la base fondamentale pour la mise en place d’un monde multipolaire. Ainsi, la Russie, en tant que centre de la civilisation orientale orthodoxe eurasienne doit précisément rassembler autour d’elle les peuples proches de sa civilisation et élaborer patiemment un nouveau Grand territoire pour la Russie, au sein duquel les contradictions internes seront dépassées par une nouvelle synthèse des traditions spirituelles millénaires et les succès scientifiques et techniques du XXIe siècle.[49]

Nous l’avons vu auparavant, la Russie est perçue comme la principale victime de la globalisation dans le monde par les idéologues du PCFR:: c’est l’un des pays qui s’est le plus appauvri, dont la population diminue constamment, qui est au centre de toutes les préoccupations stratégiques américaines, pris dans l’étau militaire américain et confronté à l’élargissement de l’Alliance Nord Atlantique. C’est donc également l’un des pays qui a le plus intérêt à remettre en cause les fondements et les mécanismes de la globalisation. La Russie n’a pas le statut ni la reconnaissance internationale qu’elle mérite, il s’agit d’une anomalie de l’histoire qu’il convient de corriger. De même, le pays doit faire face à des ennemis intérieurs, car ceux qui sont au pouvoir ne garantissent en rien la sécurité de l’Etat. A l’occasion du IVe Congrès du parti en avril 1997, les délégués adoptent une déclaration commune sur la sécurité nationale :

La Patrie est en danger ! L’actuel régime au pouvoir et avant tout le président B.N. Eltsine ne sont plus en mesure de garantir la sécurité nationale du pays et sont eux-mêmes la menace la plus importante pour ce dernier.[50]

Cette rhétorique sur l’ennemi intérieur est très répandue durant les années 1990 et reprise dernièrement pour signifier à nouveau l’incapacité du pouvoir en place à résister aux attaques globales et infiltrantes de l’Occident. La Russie serait « à la botte » des puissances occidentales, elle n’arrive pas à s’imposer comme un acteur de premier plan puisque sa politique extérieure se limite aux concessions faites à l’Occident.[51] Les dirigeants des pays développés font mine de l’intégrer aux grandes réunions internationales, mais, de fait, la voix de la Russie ne compte que peu dans les débats. Ces premières indications sur la manière dont est abordé le processus de globalisation par les dirigeants du PCFR sont une source de difficultés : la primauté des considérations géopolitiques et géostratégiques, l’obsession de la place de la Russie dans le monde répondent-elles aux attentes quotidiennes de la population ? Le prisme au travers duquel G. Ziouganov choisi quasi-systématiquement d’étudier la globalisation est l’un des nombreux révélateurs du fossé générationnel grandissant entre les jeunes militants de la base, qui pour certains se détournent du parti, et les membres historiques de l’appareil décisionnel. Plus encore, les réponses à apporter et les alliances à mettre en place posent problème. Mais nous constatons que la plupart des théories géopolitiques reprises ou élaborées par le PCFR dans les années 1990 ont été incluses dans les discours des stratèges du Kremlin depuis l’arrivée au pouvoir de V. Poutine. Elle sont réactivées à l’occasion des périodes de crise dans les relations avec les Etats-Unis ou l’Europe pour signifier que la Russie doit être vue comme un acteur de premier plan, avec lequel il faudra désormais compter et négocier.

La préférence de G. Ziouganov pour les réflexions géopolitiques est évidente.[52] Ses ouvrages font constamment référence à des auteurs et penseurs, plus ou moins controversés, ayant réfléchit à la place particulière de la Russie dans le monde : tout au long de l’Histoire: Ivan Iline côtoie par exemple Halford J. Mackinder et Karl Haushofer.[53] Les courants slavophiles et eurasistes occupent donc automatiquement une grande place dans cette réflexion. Plusieurs travaux ont analysé la prégnance de ces idées chez le premier secrétaire du PCFR : Isabelle Lacaze-Grimberg montre notamment que les slavophiles ont « posé le problème du rapport à l’Occident dans des termes tels qu’ils ont façonné une attitude durable qui prévaut encore aujourd’hui, notamment dans les discours de l’actuel dirigeant du Parti Communiste de Russie, Guennadi Ziouganov »[54], alors que Myriam Désert rappelle que l’eurasisme « a beaucoup servi dans la lutte politique d’une opposition accusant le pouvoir en place de brader la Russie à l’Occident, le Parti Communiste Russe (PCR) et le Parti Libéral-Démocrate de Russie (LDPR) prétendant quand à eux, lui redonner son statut de grande puissance »[55]. G. Ziouganov puise chez les slavophiles les arguments pour alimenter sa conception de la Russie comme étant une puissance à part, qui doit se construire en refusant l’alignement sur le monde occidental. L’« obsession de la comparaison avec l’Occident », la « certitude que l’Occident est hostile à la Russie et cherche à lui nuire » mais aussi la vision du monde occidental comme décadent et condamné en sont les principaux aspects. Dès lors que la Russie respecte ces postulats de départ de la doctrine slavophile, ses relations avec le monde extérieur tournent nécessairement à son avantage : il faut pour cela qu’elle décide de mettre en place d’autres modèles économiques, politiques et sociaux, symbolisés par l’expression « notre voie propre ». Le rejet des réformes libérales depuis la chute de l’URSS est l’une des caractéristiques du refus des politiques communistes de voir le modèle occidental de développement politique et économique comme universel. Les Néo-eurasiens, dont Alexandre Douguine est l’intellectuel le plus remarqué dans la Russie contemporaine, ont été très proches des idéologues du PCFR, avant que leurs idées ne trouvent un écho plus favorable, ou avantageux, auprès du Kremlin[56]. L’Eurasie symbolise un espace « d’exception », « alternatif », « de résistance à la mondialisation » lorsqu’elle est perçue comme une terre de rejet de l’atlantisme, et dispose d’une position stratégique avérée.[57] Lorsqu’il se prononce pour « un partenariat renforcé […] avec les pays arabes, l’Iran et le monde islamique dans son ensemble »[58], G. Ziouganov se place dans le registre religieux et réaffirme les « affinités islamo-orthodoxes » au sein du continent eurasiatique. Par leur refus du monde globalisé qu’ils voient comme « désenchanté », islam et orthodoxie attestent d’une « prééminence du spirituel sur le matériel, du collectif sur l’individuel »[59].

Parallèlement, Cuba, l’Irak, l’Iran, la Libye, la Corée du Nord, la Syrie et le Venezuela sont qualifiés de « pays amis », alors que les Etats-Unis les ont inclus pour la plupart dans les pays de l’« Axe du Mal ». La Russie doit se placer en défenseur des peuples martyrs de la globalisation. Dans cette lignée, la Palestine, l’Irak et l’Afghanistan sont considérés comme les places fortes de la résistance à la suprématie américaine dans le monde. Les guerres menées par les Etats-Unis et le déploiement des forces de l’OTAN dans ces territoires sont qualifiés d’« agressions militaires sur des Etats souverains »[60]. La défense des droits des Palestiniens à un Etat indépendant, des Irakiens et des Afghans à se gouverner eux-mêmes est similaire à la revendication de la plupart des mouvements altermondialistes internationaux. Le rapprochement de l’OTAN des frontières de la Russie par le biais de l’adhésion des pays baltes rend plus complexe encore les relations internationales, alors que des alliances stratégiques avec la Chine, l’Inde, le monde arabe, l’Amérique latine et plusieurs pays d’Afrique sont présentées comme inévitables car vitales : cet élargissement de l’OTAN à l’Est est « la menace guerrière la plus sérieuse qui pèse sur la sécurité nationale depuis l’agression de l’Allemagne fasciste sur l’URSS »[61] puisque la Russie n’a pas les moyens techniques et militaires de répondre à une attaque de l’Alliance. C’est donc la sécurité et l’intégrité du pays qui sont menacées par les décisions stratégiques du pouvoir en place, et de son « gouvernement de trahison nationale » : l’URSS était une puissance mondiale « qui ne garantissait pas uniquement sa sécurité, mais aussi l’équilibre des forces dans le monde »[62]. En découlent inévitablement des discours sur la place particulière que la Russie se doit d’occuper dans le monde : la Serbie et la Biélorussie sont des territoires avancées du monde slave qu’il convient de soutenir à tout prix. La Serbie est considérée comme le pays frère de la Russie, appartenant au monde slave. L’intervention militaire de l’OTAN et l’« assassinat » de Slobodan Milosevic dans sa cellule du Tribunal Pénal International sont deux preuves de la volonté américaine de disloquer à jamais l’ex-Yougoslavie.[63] L’intervention militaire américaine et de ses alliés au sein de l’OTAN « a pour but de détruire à tout jamais l’Etat yougoslave unifié, mais surtout de porter atteinte à son noyau serbe orthodoxe, ce qui en fait une intervention anti-slave avérée »[64]. Cette position qui voudrait que S. Milosevic soit l’une des figures emblématiques de la résistance au processus de globalisation n’est défendue en Russie, et peut être même dans le monde, que par le PCFR. Le parti a organisé plusieurs manifestations devant l’Ambassade des Pays-Bas à Moscou en criant des slogans pour la vengeance du « leader slave »[65]. L’annonce de ces manifestations était accompagnée d’appels virulents à résister contre le « nouvel ordre mondial » et l’organisation de jeunesse proche du PCFR « Résistance Antiglobaliste » (« Antiglobalističeskoe soprotivlenie ») avait été associée à tous ces évènements. G. Ziouganov a pris la tête d’une délégation du PCFR qui s’est rendue aux funérailles de l’ancien dirigeant serbe à Belgrade. A l’occasion d’un long discours sur la place du Parlement dans la capitale serbe, il a rappelé les efforts conjoints des communistes russes et de S. Milosevic dans la lutte contre l’impérialisme ; il a affirmé que « le peuple russe n’avait personne d’aussi proche que les Serbes, et que la douleur qui les accable est aussi la leur »[66]. La Biélorussie tient quant à elle une place à part dans ce dispositif stratégique : elle est le premier pays qui doit permettre la reconstitution d’une union autre que l’URSS défunte et remplacer l’inefficace Communauté des Etats Indépendants. Les communistes se sont faits les plus ardents défenseurs de cette Union Russie-Biélorussie depuis la chute de l’URSS.[67] Elle permettrait de protéger ensemble les terres et les peuples russes:contre « le capital international qui voit le territoire de l’ex-URSS comme un espace à coloniser activement »[68]. Le PCFR prétend dans le même temps se faire l’écho de « la volonté des travailleurs, qui souhaitent reconstruire la grande amitié entre les peuples soviétiques »[69]. Les motifs d’unification avec la Biélorussie au sein d’une même entité étatique sont nombreuses : elle peut être un premier pas vers la reconstitution d’une URSS, un rempart stratégique qui stopperait l’avancée occidentale, et permettrait de continuer d’exporter le gaz et le pétrole par les chemins traditionnels déjà en place, ou encore une zone de sécurité qui mettrait fin à l’expansion de l’OTAN.[70] Le soutien inconditionnel des organisations de jeunesse et des élites politiques communistes russes lors des récentes élections présidentielles qui ont vu la réélection d’Alexandre Loukachenko ne sont qu’une des manifestations des relations privilégiées que la Russie souhaite entretenir avec son voisin biélorusse. Les nombreuses visites de G. Ziouganov au Biélorussie, les thèses sur le « miracle biélorusse », « le modèle économique biélorusse » et les photos qui illustrent ses ouvrages en sont un autre aspect.[71]

L’affirmation de nouveaux mouvements alternatifs aux prises avec la globalisation

Nous le voyons, les revendications d’ordre social sont mises au second plan des préoccupations, ce qui établit à priori un décalage net entre les attentes des jeunes générations et les discours des dirigeants. Les spécificités et la destinée du territoire russe sont l’une des priorités de la réflexion de G. Ziouganov alors que les jeunes générations du parti vont lui substituer des idéaux qui se rapprochent davantage des slogans et des demandes du mouvement « altermondialiste mondial ». Au niveau régional, les mouvements anti-globalisation sont beaucoup plus hétérogènes, moins dominés par les structures de partis politiques. Dans les régions où le PCFR a une implantation et des résultats électoraux faibles, de nouveaux mouvements se sont appropriés la contestation du processus de globalisation. A Perm par exemple, la « Résistance Anarcho-Ecologist » (Anarho-ekologičeskoe soprotivlenie)[72] de Roman Iouchkov ou la branche locale du Parti Ouvrier Révolutionnaire (Revolucionnaâ rabočaâ partiâ)[73] dirigée par Anastasia Maltseva trouvent un écho favorable à leurs actions parmi la population : leur popularité leur a permis notamment de prendre la tête des nombreuses manifestations contre la remise en cause des avantages sociaux hérités de l’URSS et contre la réforme du logement. On trouve chez ces jeunes leaders politiques régionaux des revendications et des attitudes plus proches des mouvements altermondialistes européens. Très actifs et bien organisés localement, leur visibilité est moindre au niveau national.

De manière générale, la naissance de mouvements anti-globalisation ou altermondialistes a mis beaucoup de temps à s’organiser en Russie. Ils sont toujours à un stade de développement et de consolidation de leurs effectifs et de leurs idées dans les régions. Des structures comme ATTAC et d’autres ONG se sont progressivement implantées en Russie, quasi-exclusivement dans la capitale, dans la deuxième moitié des années 1990. La création d’organisations et d’associations altermondialistes en Russie a plus concrètement commencé à la suite de la participation aux débats de cinquante délégués russes lors du contre-sommet du G8 à Gênes en juillet 2001. Des activistes venus de différentes régions de la Russie ont en effet participé aux débats pour la première fois sous la forme d’une délégation de représentants de syndicats de travailleurs, de syndicats d’étudiants, d’associations écologistes, anarchistes ou féministes, d’intellectuels de gauche ou de membres d’organisations opposées à la guerre en Tchétchénie.[74] Les expériences partagées et les informations récoltées ont permis lors de leur retour en Russie la création d’un vaste réseau régional de réflexion autour d’idées altermondialistes. Depuis, les mouvements anti-globalisation n’ont cessé de prendre de l’ampleur, notamment avec les marches « Anticapitalisme » qui ont débuté en 2002 à Moscou pour prendre une autre dimension au fil des mobilisations, avec plus de trente « Marches Antikap » en 2005 dans toute la Russie.

Ces marches réunissent un grand nombre de partis et d’organisations politiques dont la plus importante reste le PCFR. En l’absence de réels relais autonomes de la société civile russe, le PCFR a pu jouer au niveau local le rôle de rassembleur des forces contestataires tout au long des années 1990. Parmi les collaborateurs et publicistes actifs de l’Institut des Problèmes de la Globalisation (IPROG)[75], il est significatif de voir que la majorité exerce ou a exercé des responsabilités au sein du parti communiste mais aussi dans le cadre de l’Union de la Jeunesse Communiste (Sojuz Kommunističeskoj Molodeži – SKM), l’organisation de jeunesse du parti. Ces figures actives du mouvement anti-globalisme et membres du PCFR en sont en fait les membres les plus réformateurs, qualifiés initialement par le sommet du parti de « nouvelle gauche » parce qu’elle rassemblait les jeunes activistes favorables à une réorientation du parti plus « à gauche » de l’échiquier politique russe. Une impulsion nouvelle a été donnée au courant altermondialiste lors du rapprochement qui s’est esquissé en 2003 avec les responsables du PCFR. L’illustration la plus évidente en a été le meeting-concert « Rock contre dictature » organisé conjointement par le parti communiste et de nombreuses organisations altermondialistes à Moscou le 1er mai 2003. Cette collaboration avait été à l’époque interprétée comme un glissement des « réactionnaires nationaux-patriotes », dominants au sein du parti, vers des principes plus socialistes et internationalistes.[76] L’illusion est de courte durée, puisque lors du premier Forum Social de Russie organisé notamment par l’IPROG les 16 et 17 avril 2005 à Moscou, le PCFR a préféré maintenir sa participation au Congrès des Partis Communistes issus de l’ex-URSS. Quelques jeunes membres du parti sont tout de même venus prendre part aux débats, mais la séparation est à nouveau officiellement consommée entre la direction du parti et les représentants du courant anti-globalisation alternatif.[77] Depuis, la réorientation des partenariats et de la collaboration au sein de ce dernier est définitivement plus axée autour de syndicats et de collectifs de travailleurs indépendants, d’organisations de jeunesse aux regards plus socialistes et alternatifs, de petits partis politiques régionaux et de responsables d’ONG locales. Le rôle de l’Institut de l’Action Collective dirigé notamment par la sociologue française Carine Clément est très important en ce qui concerne la coordination des actions au niveau fédéral, relayé par le réseau constitué autour l’Union des Comités de Coordination.[78] Le militantisme en faveur d’une globalisation à visage humain, plus équitable et plus sociale forme le noyau dur des revendications des courants alternatifs au PCFR. La reconnaissance de la charte de Porto Alegre comme texte de base de leur existence a été un pas important vers l’inscription de ces mouvements dans un contexte transnational. Leur participation aux Forums Sociaux Européens est devenue une habitude à partir de celui de Florence en 2002. Lors du sommet du G8 de Saint-Pétersbourg, les organisations anti-globalisation se sont réunies à l’écart des discussions des chefs d’Etats et de gouvernements, dans l’un des stades de la ville.[79] 1 500 personnes, dont 200 invités étrangers, ont participé aux débats, organisés parallèlement aux cérémonies du sommet en tant que deuxième Forum Social de Russie (Rossijskij Social’nyj Forum).[80] Les associations qui s’opposent à la guerre en Tchétchénie ont logiquement trouvé leur place dans les comités de coordination, alors que le PCFR ne se prononce plus sur la situation politique et sociale dans le Caucase du Nord, sauf pour aller dans le sens de la politique gouvernementale. Plus que l’OTAN, ce sont l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et le Fonds Monétaire International (FMI) qui sont désignés comme étant les principaux ennemis. Quelques jours avant l’ouverture du sommet du G8 à Saint-Pétersbourg, la Conférence « L’Autre Russie » (« Drugaâ Rossiâ ») avait quant à elle réuni des orateurs et des personnalités politiques de toutes sensibilités pour proposer leur vision du processus de globalisation dans le cadre d’un premier contre-sommet à Moscou.[81] Des représentants d’organisations politiques radicales, patriotiques, écologistes et libérales se sont côtoyés pendant deux jours de débats : les activistes de l’association de défense des droits de l’homme Mémorial, mais aussi les libéraux Garry Kasparov, Mikhaïl Kassianov et Irina Khakamada se sont réunis autour d’une même table avec Edouard Limonov, chef du Parti National Bolchevique – NBP (Nacional-Bol’ševistskaâ Partiâ), Sergueï Glazev, leader du parti « Pour une vie digne ! » (« Za dostojnuû žizn’ ») et ancien fondateur du parti « nationaliste » « La Patrie », ou encore Viktor Ilioukhine, président du mouvement politique « Pour le soutien à l’armée » – DPA (« Dviženie v Podderžku Armii ») et député influent du groupe communiste à la Douma. Ce rassemblement inédit de plus de 350 invités adopte une déclaration commune qui condamne « les répressions de masse contre les représentants de l’opposition en Russie ».[82] Le PCFR n’a officiellement pas participé à ces deux contre-sommets, auxquels il n’a envoyé aucune délégation. Dès lors, une nouvelle scission nette a vu le jour entre le parti communiste et les jeunes mouvements anti-globalisation, les alliés les plus fidèles du PCFR pour l’organisation de manifestations et d’actions de rue anti-globalisation sont redevenus son organisation officielle de jeunesse, l’Union de la Jeunesse Communiste, et les mouvements nationaux patriotiques contrôlés directement ou indirectement par des membres influents du parti. L’Avant-Garde de la Jeunesse Rouge – AKM (Avangard Krasnoj Molodeži) et le Parti National-Bolchevique ont longtemps fait partie de la coalition « l’Autre Russie », issue du contre sommet au G8 et qui souhaitait présenter un candidat unique pour les élections présidentielles de 2008. Des membres du PCFR qui ont engagé des démarches communes de contestation aux côtés des dirigeants du mouvement « Une Autre Russie » ont été exclus du parti en juillet 2007 sur décision d’un plénum. Cette nouvelle mise à l’écart des voix discordantes de la base du parti et de ses organes d’information est justifiée par la volonté d’éviter un « scénario orange » en Russie, dont sont accusés les militants de « l’Autre Russie », qui bénéficient en effet de relais et de soutiens en Occident. La réactivation de liens anciens et traditionnels avec les partis communiste chinois et vietnamien, mais également la visite officielle d’Hugo Chavez en juin 2007, accueilli à la Douma par l’ensemble du groupe parlementaire du PCFR, sont présentées comme les seules alliances valables dans la lutte contre les tendances néfastes de la globalisation.

« Démocratie souveraine » et « démocratie populaire »

Certains auteurs étaient surpris de voir que tout au long des années 1990, l’emploi récurrent du terme de « globalisation » dans la société russe n’ait pas été contrebalancé par des études sur le concept de souveraineté, cher aux démocrates et réformateurs dans les différentes républiques soviétiques avant l’effondrement de l’URSS. La souveraineté nationale est en théorie indivisible et inaliénable. Le fédéralisme russe a été perçu dans ce cadre comme l’une des manières d’« apporter une réponse à la nécessité de trouver une solution aux contradictions entre les exigences des droits de l’homme et la protection des communautés ethniques »[83]. Anne Coldefy-Faucard avançait même l’idée que « la question de la souveraineté ne semble pas d’actualité, en tant que telle, en Russie. Elle l’est, en revanche, dès lors qu’elle s’exprime sous le vocable de globalizatsia. […] depuis le 11 septembre 2001, ce dernier mot pullule dans les colonnes des journaux, il est de tous les discours politiques et officiels, sur toutes les lèvres […] ».[84] Lors de discours prononcés devant les activistes du parti du pouvoir « Russie Unie » (« Edinaâ Rossiâ:») en février et en mai 2006, Vladislav Sourkov, vice-responsable de l’Administration présidentielle et proche conseiller de Vladimir Poutine, a fait sensation en énonçant un concept qui depuis attire l’attention de toute la classe politique russe et des politologues.[85] En mettant en avant sa volonté de doter la Russie du statut de « démocratie souveraine », il a permis aux dirigeants de « Russie Unie » de relancer le débat sur la place du pays dans le monde globalisé:: il réaffirme notamment l’intention du Kremlin de suivre son propre chemin démocratique, en restreignant l’impact que peuvent avoir sur la politique intérieure russe la législation internationale, les groupements économiques internationaux et l’opinion publique internationale.[86] Les facteurs « démocratie » et « souveraineté » devenus inséparables garantiraient par dessus toute la stabilité nationale et l’intégrité territoriale du pays.[87] Vladislav Sourkov affirme avoir puisé l’élaboration de ce concept chez Ernesto Che Guevara, ce dernier ayant écrit en 1960 que « plusieurs Etats disposaient des attributs formels de la démocratie, mais demeuraient néanmoins dépendants des corporations transnationales et de forces politiques étrangères »[88]. Dans cette continuité, il assure que l’affirmation de la Russie en tant que « démocratie souveraine » peut se matérialiser dans la sphère économique par « le contrôle de l’Etat sur les secteurs vitaux de l’économie nationale tels les communications stratégiques, les pipelines, le réseau électrique, les voix ferrées et les routes fédérales, le système financier et la diffusion télévisée ». C’est en substance tout ce que réclament le PCFR et de nombreux partis d’opposition depuis plusieurs années lorsqu’ils évoquent la main mise nécessaire de l’Etat sur les secteurs-clés de l’économie, les deux derniers secteurs mis à part. Cette nouvelle approche conceptuelle présente l’avantage de placer le parti du pouvoir en position de force face à ses adversaires politiques : pris de court, les communistes n’ont réagi que timidement, opposant uniquement à cette nouvelle terminologie leur volonté de construire la Russie plutôt comme une « démocratie populaire », basée sur une « souveraineté totale du pays en matière économique et politique »[89]. L’expression « démocratie souveraine » est aujourd’hui employée ironiquement par les opposants du Kremlin pour qualifier le chemin propre qu’emprunte la Russie : les déviances et les tendances autoritaires que manifestent les responsables du parti du pouvoir, tout comme les outils coercitifs qui se sont mis en place progressivement par le pouvoir central. Afin de faire de la Russie une « démocratie souveraine », le pouvoir en place tente aussi de présenter un visage respectable au reste du monde, tout en maintenant un caractère autoritaire et abusif, notamment lors du dernier sommet du G8, qui a vu une répression sans précédent contre les activités et les déplacements des militants anti-globalisation ou lors des différentes marches organisées par l’ « Autre Russie ».[90] Les nombreux cas d’abus de pouvoir ou de corruption des membres de « Russie Unie » sont aussitôt utilisés par les détracteurs du principal parti du pouvoir pour stigmatiser le peu de volonté que le Président a d’instaurer un climat favorable et stable. Le concept de « démocratie souveraine » ne serait qu’une nouveauté des techniciens politiques du Kremlin destinée à détourner l’attention de la population des réels problèmes de société.[91]

C’est en tout cas une volonté de démontrer que la Russie n’est pas dépassée par l’évolution du monde qui l’entoure, qu’elle souhaite bien en être partie intégrante, mais qu’elle y évoluera selon son propre rythme, tout en tenant compte de ses spécificités nationales. C’est également une légitimation a posteriori et une justification du cours choisi par la Russie : plus présente sur la scène internationale et plus intégrée dans les discussions multilatérales depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, il n’en reste pas moins qu’elle doit faire face aux critiques récurrentes de la communauté internationale concernant sa politique intérieure, mais aussi les relations ambiguës entretenues et imposées à son « étranger proche », à travers les différentes crises énergétiques et diplomatiques avec l’Ukraine et la Géorgie notamment. C’est désormais le concept de « démocratie souveraine » qui remplace celui de « démocratie dirigée » cher aux observateurs occidentaux qui définissaient ainsi la nature politique du régime en place en Russie.[92] Ces derniers mois, le concept a été profondément enrichi par les cadres du parti du pouvoir, qui veulent en faire la base de leur programme pour les prochaines élections législatives. Plus qu’un concept, les responsables du parti parlent d’un principe idéologique qui doit guider les actions des leurs.[93] Ils se félicitent notamment de l’appui sans réserve dont a fait part V. Poutine dernièrement :

La souveraineté est la possibilité de mener à bien sa politique intérieure et extérieure de manière indépendante, sans ingérence extérieure. La démocratie est un mode d’organisation de la société et de l’Etat. Elle rend compte de l’organisation interne du pays. Nous voyons et constatons de toute évidence que dans le monde contemporain global, alors que les frontières s’effacent de plus en plus, les pays qui sont le plus avancés dans le règlement de leurs problèmes économiques, les pays qui ont un monopole de fait sur les moyens d’information à l’échelle du globe, utilisent les ressources contemporaines de la globalisation souvent dans des intérêts purement nationaux, dans le but de s’octroyer les avantages concurrentiels dans l’économie mondiale et dans la politique mondiale. Nous avons parfaitement conscience de cela.[94]

Conclusion

Le parti du pouvoir Russie Unie a repris l’avantage dans les débats face à ses adversaires politiques directs en imposant au sein de l’opinion publique le concept de « démocratie souveraine » comme une référence utile et facilement manipulable. Cette réactualisation des données rend les références aux courants slavophile et eurasien dépassées, même si elle en reprend certains aspects. En affichant dans un premier temps sa volonté d’établir un partenariat privilégié avec l’armée américaine et les troupes de l’OTAN dans le cadre d’exercices communs en Russie[95], mais aussi grâce à la normalisation de ses relations avec l’Union Européenne, V. Poutine a donné en apparence le sentiment d’intégrer encore plus son pays au processus de globalisation. Les relations diplomatiques et militaires sont depuis entrées dans une période de crise profonde. Parallèlement, les qualificatifs de « héros » décernés à S. Milosevic, S. Hussein ou encore A. Loukachenko font des dirigeants du PCFR des opposants singuliers, mais déterminés, à la suprématie américaine sur la scène internationale. A l’opposé, il semblerait que le Kremlin ait voulu s’engager sur le chemin de la coopération privilégiée avec les grandes puissances, mais ce scénario a vite montré ses limites.

La vigueur et l’activisme des nouveaux mouvements altermondialistes russes doivent leur permettre de s’insérer rapidement dans les réseaux des organisations antiglobalisation internationales, mais aussi de créer les conditions du débat en Russie en faisant de la critique du processus un sujet inévitable. Du 15 au 17 juillet 2006, Saint-Pétersbourg a accueilli le 32e sommet du G8. Ces rencontres des chefs d’Etat officiellement « informelles »et « décontractées »[96] sont contestées internationalement par différents mouvements qui remettent en cause leur légitimité et les accusent de vouloir imposer une politique libérale au reste du monde. Comme ce fut le cas lors des dernières réunions des chefs d’Etat des pays les plus industrialisés de la planète, les réseaux anti-globalisation russes ont mobilisé leurs réseaux afin de tenter, eux aussi, de montrer leur opposition aux logiques de la globalisation. La répression policière et le contrôle de l’information ont été visiblement été plus forts, empêchant les opposants au G8 de faire véritablement entendre leurs voix.[97] La visibilité des acteurs alter mondialistes a été fortement réduite du fait même des arrestations en amont des participants dans leurs villes d’origine.[98] L’organisation du sommet du G8 n’a pas offert la tribune escomptée aux mouvements d’opposition russes.[99] Les sanctions prises à l’encontre des participants aux contre-sommets du G8 a fait momentanément taire les courants alternatifs grandissants au sein de la société civile russe. En les empêchant de s’exprimer librement, le pouvoir central a décidé de rester maître de la situation. En ne souhaitant pas les entendre, il s’expose certainement à de nouvelles réactions de colère contre sa politique d’ignorance des contestations.[100] Plusieurs des différents représentants des pays du G8 ont quant à eux répondu aux sollicitations des organisateurs des contre-sommets par des rencontres où l’on a débattu du processus de globalisation dans le monde et du recul démocratique à l’œuvre en Russie.

 

Notes

[1] Igor’ Pantin, Evgenij Plimak, « Idei K. Marksa na perelome čelovečeskoj civilizacii » [Les idées de K. Marx à un tournant de la civilisation humaine], Kommunist, Moscou, n° 4, mars 1990, p. 40.

[2] Anne Coldefy-Faucard, « La Russie entre globalisation et particularisation », Nouveaux Mondes, № 11, CRES-L’inventaire, Genève, automne 2002, p. 87.

[3] Cette définition rapide et condensée est inspirée de plusieurs sources encyclopédiques, notamment le Dictionnaire encyclopédique d’histoire Mourre, Editions Bordas, 1996, p. 3692-3693.

[4] Bayart Jean-François, Le gouvernement du monde, Paris, Fayard, 2004, p. 10.

[5] Gennadij Zûganov, Socializm i natisk globalizma [Le socialisme et la pression du globalisme], Moscou, ITRK, 2002, p. 8.

[6] Jean-François Bayart, Le gouvernement du monde, Ibid.

[7Slovar’ perestrojki, [Dictionnaire de la perestroïka], Saint-Pétersbourg, Zlatoust, 1992, p. 45. Cette définition et les exemples cités sont tirés de ce Dictionnaire de la perestroïka dont les auteurs notent dans leurs quelques lignes introductives à l’attention du lecteur que la nécessité d’une telle publication réside dans le besoin de définir les nouveaux termes apparus les dernières années dans les publications périodiques, mais aussi d’expliciter la nouvelle signification de mots plus anciens, tous détachés de la réalité soviétique ou bien actualisés dans la langue russe au cours des années 1985-1992. L’exemple de l’OTAN comme organisation incarnant l’un des aspects de la globalisation est tout à fait révélateur de l’interprétation du concept dans le cadre russe.

[8] Guennadi Ziouganov, La Russie après l’an 2000, vision géopolitique d’un nouvel Etat, Morsang-sur-Orge, Mithec, 1999, p. 79.

[9] Gennadij Zûganov, Deržava, Moscou, Informpechat’, 1994, p. 85. Le terme de « deržav » est difficilement traduisible en français. On lui donne en général le sens de « pays » ou « Etat puissant ».

[10] Les acteurs ici étudiés seront principalement le Parti Communiste de la Fédération de Russie, ses alliés politiques mais aussi les organisations qui gravitent au sein des blocs et alliances organisés autour du PCFR aux niveaux fédéral et régional : tout au long des années 1990. Nous considérons le PCFR comme la principale force politique organisée tout au long des années 1990, mais aussi comme le principal parti d’opposition et seul parti de masse. Les dirigeants ont une visibilité et une popularité sans cesse grandissante auprès de la population malgré les virulentes campagnes contre le retour des communistes au pouvoir mené par Boris Eltsin et son entourage. L’arrivée de Vladimir Putin sur le devant de la scène politique marque un déclin de l’influence du parti communiste et ravive ses divisions internes. Les discours et les positions défendues par les idéologues du parti comptent dans les débats politiques sous Boris Eltsin. Plus encore, elles étaient nécessairement intériorisées et débattues au sein de la classe politique russe. Elles reflètent un grand nombre de sentiments, de vérités et de réalités partagées en Russie au sein de la population, les résultats électoraux en attestent. Le PCFR est sous Eltsine le principal interlocuteur de l’opposition, celui avec lequel il faut composer pour mener à bien la transition du pays tant son assise régionale est forte. Le PCFR est aujourd’hui le parti d’opposition le plus important en termes électoraux et numériquement, après avoir nourri à plusieurs reprises l’espoir d’une participation à un gouvernement de coalition. De nombreux postulats défendus par le PCFR autour de la question nationale russe, de l’idée de « civilisation russe » et plus globalement de la spécificité de la Russie au regard de son histoire propre sont largement repris par les idéologues de l’actuelle administration présidentielle.

[11] Gennadij Zûganov, Drama Vlasti, [Le Drame du Pouvoir], Moscou, Palea, 1993, p. 67.

[12] Gennadij Zûganov, Ibid., p. 68.

[13] A propos de cette classification, voir : Sergej Kara-Murza, Eksport revolûcii, [L’exportation de la révolution], Editions Algoritm, Moscou, 2005, p. 452.« La conception même de “la gauche” dans la Russie contemporaine est très conventionnelle, elle s’utilise comme une définition coutumière, mais ne correspond que peu à la classification ancestrale de la science politique. Le PCFR se définit par exemple comme un parti patriotique d’“étatistes” (hommes dévoués à la cause de l’Etat) [gosudarstvenniki] et place au premier rang de son idéologie les valeurs de l’orthodoxie, ce qui, selon les canons classiques, est caractéristique du camp conservateur , voire même de la droite ».

[14Ibid.

[15Ibid.

[16] Boris Kagarlitsky, La Russie aujourd’hui, Néo-libéralisme, autocratie et restauration, Paris, Parangon, 2004, p. 208.

[17] Luke March, The Communist Party in post-Soviet Russia, Manchester University Press, 2002, p. 101.

[18] Boris Kagarlitsky, op. cit., p. 211.

[19] Ziouganov Guennadi, La Russie après l’an 2000, vision géopolitique d’un nouvel Etat, op. cit., p. 81.

[20] Ziouganov Guennadi, ibid., p. 149.

[21] Vasilij Koltašov, « Globalizaciâ », [Globalisation], www.iprog.ru, archives des articles, 10 mars 2006.

[22] Les « meilleurs » articles rédigés dans les cellules des régions sont publiés sur le site national du parti sur les liens suivants: http://www.cprf.ru/news/articles/power/ et http://www.cprf.ru/news/analytics/globalizm/. Ils font partie des thèmes retenus pour les séances de discussion théorique des membres du parti sous la dénomination plus large de « Globalisation et sort de l’humanité » lors du 9e Congrès en décembre 2003. Voir « Kommunisty i vyzovy XXI veka », [Les communistes et les défis du XXIe siècle], Sovetskaâ Rossiâ, 17 janvier 2004.

[23]« Ob otnošenii k imperialističeskoj globalizacii:» [« De notre position à l’égard de la globalisation impériale »], in KPRF v rezolûciâh i rešeniâh s‘’ezdov, konferencij i plenumov CK (1999-2001), [Le PCFR au travers des résolutions et décisions des congrès, des conférences et des plénums du Comité Central (1999-2001)], Editions ITRK, 2001, Moscou, p. 204-206.

[24] Cf. un autre de ces textes, « Rezolucii X S’’ezda Kommunističeskoj Partii Rossijskoj Federacii » [Résolutions du 10ème Congrès du Parti Communiste de la Fédération de Russie] « O meždunarodnom položenii Rossii i zadačah partii », [De la position internationale de la Russie et des missions du parti], Pravda, n° 76, 13 juillet 2004, p. 3.

[25] KPRF v rezolûciâh i rešeniâh s’’ezdov, konferencij i plenumov CK (1999-2001), op.cit., p. 204-206.

[26Ibid., p. 205.

[27Ibid., p. 206.

[28] Le plus récent « accrochage » entre le PCF et le PCFR a eu lieu en juin 2006. La première gay pride organisée dans le centre de Moscou a été réprimée par les forces de l’ordre. Dans le même temps, G. Ziouganov en a condamné les organisateurs et a appelé à organiser une contre-manifestation. Le PCF et le Parti Socialiste français, qui avaient envoyé des délégations pour soutenir l’événement, ont rédigé une déclaration commune dans laquelle ils qualifient le PCFR de parti homophobe et anti-communiste. Plus généralement, ce sont les références idéologiques « douteuses » et les discours nationalistes des dirigeants communistes russes qui ont été à l’origine des différentes ruptures survenues au cours des années 1990 entre le PCF et le PCFR.

[29KPRF v rezolûciâh i rešeniâh s‘’ezdov, konferencij i plenumov CK (2001-2005), [Le PCFR au travers des résolutions et décisions des congrès, des conférences et des plénums du Comité Central (2001-2005)], Editions ITRK, 2005, Moscou, p. 321-322.

[30] Zemfira Kalugina, « Agrarian Actors in the Localities », in Segbers Klaus, Explaining Post-Soviet Patchworks, Actors and sectors in Russia between accomodation and resistance to globalization, Volume 1, Aldershot, Ashgate, 2001, p. 310.

[31] Sergej Kara-Murza, Eksport revolûcii, op. cit., voir l’introduction.

[32] Gennadij Zûganov, « Globalizaciâ : tupik ili vyhod ? », [« La Globalisation:: impasse ou solution ? »], Naš Sovremennik, №:6, 2001, Moscou, p. 244.

[33] Gennadij Zûganov, « Globalizaciâ i “russkij put” », [« La globalisation et la “voie russe” »], Naš Sovremennik, № 2, 2002, Moscou, p. 213.

[34Ibid.

[35Ibid.

[36] Lebahn Aksel, « The West as Soviet Planning Committee », International Affairs, Moscou, № 1, 2001, Vol. 47, p. 129.

[37] Viktor Kremeniuk, « The ideological Legacy in Russia’s Foreign Policy », International Affairs, Moscou, n 3, 2001, vol. 47, p. 18.

[38] Yevgenii Primakov, « Russia and the U.S. in the Globalization Context », International Affairs, Moscou, n 3, 2001, vol. 47, p. 1.

[39] Yevgenii Primakov, Ibid, p. 72.

[40] Yevgenii Primakov, Ibid, p. 75-76.

[41] Yevgenii Primakov, Ibid, p. 76-77.

[42] Les organisations internationales, l’ONU mise à part, ne servent en aucun cas les intérêts de la Russie et sont vues comme étant de plus en plus illégitimes. La logique selon laquelle le contrepoids à l’hégémonie américaine pourrait être trouvé dans une alliance stratégique entre la Russie, la Chine, l’Inde et le Brésil rend compte des anomalies qui sous-tendent l’existence même du G8:: l’indicateur du PIB classé selon le pouvoir d’achat dans chaque pays montre que la Chine, l’Inde et le Brésil dépassent certains pays membres du G8 en se classant respectivement deuxième, quatrième et dixième dans l’ordre mondial, notamment selon les statistiques de la Banque Mondiale pour l’année 2005, qui prennent en compte le PIB et l’indice national de pouvoir d’achat : http://siteresources.worldbank.org/DATASTATISTICS/Resources/GDP_PPP.pdf. Ces prises de position font également écho à l’apparition récente de l’acronyme »:BRIC:», formé par les initiales du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine. Ces pays ont des perspectives de croissance parmi les plus élevées dans le monde et ont pour ambition de devenir des puissances mondiales très rapidement. Leur union pourrait faire barrage à l’hégémonie du G8. Cf. Global Economics Paper No. 99, banque Goldman et Sachs, « Dreaming with BRICs : The Path to 2050 », octobre 2003, http://www2.goldmansachs.com/insight/research/reports/99.pdf.

[43] Conférence de presse donnée par les députés communistes à la Douma le 21 décembre 2005, « Avtomatizirovannye sistemy obrabotki informacii »– « dostiženie globalizacii » ili « elektronnyj konzlager »[Les systèmes automatisés de traitement de l’information : « succès de la globalisation » ou « camp de concentration électronique »], source : www.kprf.ru.

[44] Guennadi Ziouganov, La Russie après l’an 2000, vision géopolitique d’un nouvel Etat, op. cit., p. 111.

[45] Harald Barrios, Martin Beck, Andreas Boeckh and Klaus Segbers, Resistance to Globalization, Political Struggle and Cultural Resilience in the Middle East, Russia, and Latin America, Münster, Lit Verlag, 2003, p. 6.

[46]« O meždunarodnom položenii Rossii i zadačah partii , op. cit., p. 3.

[47]« Zaâvlenie Presidiuma CK KPRF o naraŝivanii NATO voenno-strategičeskih preimuŝestv », [Déclaration du Présidium du Comité Central du PCFR à propos de l’accroissement des avancées militaro-stratégiques de l’OTAN], Pravda, 5 octobre 1995.

[48] Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde, Hachette Littératures, Paris, 1997, p. 137-138.

[49] Gennadij Zûganov, « Geopolitika v epohu globalizacii », [La géopolitique à l’époque de la globalisation], Naš Sovremennik, № 10, 2002, Moscou, p. 218.

[50]« Zaâvlenie o nacional’noj bezopasnosti Rossijskoj Federacii », [Déclaration sur la sécurité nationale de la Fédération de Russie], Sovetskaâ Rossiâ, 26 avril 1997, p. 2.

[51]« O meždunarodnom položenii Rossii i zadačah partii », op. cit., p. 3.

[52] L’un de ses ouvrages les plus marquants s’intitule Geografia pobedy. Osnovy rossijskoj geopolitiki, [La géographie de la victoire. Fondements d’une géopolitique pour la Russie], Moscou, [sans mention d’éditeur], 1998.

[53] Ces trois penseurs ont tous vécu dans la première moitié du XXe siècle.
Ivan Il’in est cité en ouverture de l’ouvrage de G. Ziouganov Géographie de la victoire comme un des penseurs incontestés de la place de la Russie dans le monde. Considéré comme un philosophe religieux, conservateur et monarchiste, ses textes sont revisités depuis la chute de l’URSS et font foi dans les cercles politiques russes. Déporté avec plusieurs membres de l’intelligentsia en 1922, il termine sa vie en Suisse en 1954. Ses cendres ont été transférées au monastère Donskoï de Moscou en octobre 2005 le même jour que celle du général tsariste
Anton Denikin, adversaires des troupes bolcheviques. Cette cérémonie symbolique a été présentée par le Patriarcat de Moscou comme un des actes d’unification de la nation russe grâce à la rectification des mauvaises décisions prises dans le passé.
H. J. Mackinder est un théoricien anglais de l’eurasisme qui a répandu le concept de heartland pour définir l’Eurasie : c’est cet espace vital qu’il faut selon lui « tenir » si l’on souhaite dominer le monde.
De ces trois penseurs, K. Haushofer, cité à de nombreuses reprises par G. Zûganov, est celui qui semble le plus délicat à évoquer : il est communément considéré comme le théoricien de la géopolitique nazie, qui a rompu avec l’école classique allemande. Il n’adhéra jamais au parti hitlérien et son jugement fut ajourné par le Tribunal de Nuremberg alors qu’il inspira pourtant une grande partie des discours politiques et des conceptions géopolitiques des dirigeants nazis.

[54] Isabelle Lacaze-Grimberg, « Prégnance du modèle slavophile dans le rapport à l’Occident, des dirigeants bolcheviques aux communistes russes d’aujourd’hui », Actes du Colloque « Nations et nationalismes dans l’Europe post-communiste » des 28-29 janvier 1999, Cahiers Anatole Leroy-Beaulieu №4, IEP de Paris, p. 73.

[55] Myriam Désert, « Avatars de l’eurasisme en Russie aujourd’hui », Actes du Colloque « Nations et nationalismes dans l’Europe post-communiste » des 28-29 janvier 1999, Ibid., p. 87.

[56] Voir sur ce point les nombreuses contributions de Marlène Laruelle, notamment :
L'idéologie eurasiste russe ou Comment penser l'empire, Paris, Montréal, l’Harmattan, 1999, 423 p.
La quête d'une identité impériale : le néo-eurasisme dans la Russie contemporaine, Paris, Petra, 2007, 314 p.  « Aleksandr Dugin: A Russian Version of the European Radical Right ? », Kennan Institute, Kennan Institute Occassional Papers № 294, Washington, 2006, 32 p.

[57] Myriam Désert, « Avatars de l’eurasisme en Russie aujourd’hui », op. cit., p. 84.

[58]« O meždunarodnom položenii Rossii i zadačah partii », op. cit., p. 3.

[59] Myriam Désert, « Avatars de l’eurasisme en Russie aujourd’hui », op. cit., p. 86.

[60]« Rešitel’noe osuždenie agressii SŠA protiv Iraka », [« Condamnation catégorique de l’agression des Etats-Unis d’Amérique contre l’Irak »], Pravda, 22-25 mars 2003, p. 3.

[61] Gennadij Zûganov, « Rasširenie NATO možno predotvratit’ », [« On peut prévenir l’élargissement de l’OTAN », Lettre au Président Poutine], Pravda, 22-25 novembre 2002, p. 2.

[62]« Zaâvlenie ob ugroze nacional’noi bezopasnosti Rossii », [Déclaration à propos de la menace qui pèse sur la sécurité nationale de la Russie], Pravda, 28-29 mai 2002, p.:1.

[63] Le TPI de la Hague est qualifié de « machine juridique occidentale de combat au service de l’OTAN » par G. Zûganov. La mort de S. Milosevic est un « crime de l’impérialisme ». Le « héros » Slobodan Milosevic a « payé de sa vie son engagement politique contre le Nouvel Ordre Mondial ». De nombreuses interventions de responsables du PCFR sont disponibles sur le site du PCFR.

Voir les liens suivants :
http://www.cprf.ru/news/party_news/40253.html,
http://www.cprf.ru/news/party_news/40281.html
http://www.cprf.ru/news/party_news/40264.html.

[64]« Zaâvlenie Presidiuma CIK KPRF v svâzi s agressiej SŠA i ih soûznikov po NATO protiv Ûgoslavii », [Déclaration du Présidium du Comité Central Exécutif du PCFR en lien avec l’agression des Etats-Unis et de leur alliés au sein de l’OTAN contre la Yougoslavie], Sovetskaâ Rossiâ, 17 avril 1993, p. 2.

[65] Des rassemblements du même ordre ont eut lieu plus récemment devant le siège de l’ONU et l’ambassade des Pays-Bas à Moscou à la suite de l’arrestation de Radovan Karadžić fin juillet 2008.

[66] Cf. http://www.cprf.ru/news/party_news/40464.html.

[67] Vladimir Poutine avait repris à son compte cette perspective au début de son premier mandat présidentiel, mais y accorde une moindre importance depuis.

[68] [an], « O soûze Belarusi i Rossii », [De l’union de la Biélorussie et de la Russie], Sovetskaâ Rossiâ,, 26 avril 1997, p. 2.

[69] [an], « O soûznom gosudarstve Belorussii i Rossii », [De l’Etat unifié Biélorussie et Russie], Pravda, 5 décembre 2000, p. 2.

[70] Dmitri Trenin, The End of Eurasia, Russia ont the Border Between Geopolitics and Globalization, op. cit., p. 103.

[71] Roj Medvedev, « Belarusskij fenomen », [« Le phénomène biélorusse »], Sovetskaâ Rossiâ, 11 mars 2006, p. 1.

[72] Ce mouvement régional organise un grand nombre d’actions artistiques, des représentations théâtrales contre l’hégémonie américaine notamment, et des actions plus spectaculaires, comme la prise d’assaut de bâtiments de l’autorité publique ou de la compagnie Lukoil, accusée de déverser dans le sol de grandes quantités de pétrole. Leur combat contre la destruction des missiles balistiques russes à la périphérie de Perm, dans le cadre d’accords de désarmement conclu avec les Etats-Unis, les a rendus très populaires. Informations tirées d’un entretien avec Roman Ûškov en février 2006, dans les bureaux du mouvement, à Perm.

[73] Voir le site du parti, qui recense toutes les actions dans les régions : www.revkom.com.

[74] Carine Clément, « Dviženie protiv kapitalističeskoj globalizacii v Rossii », [« Le mouvement contre la globalisation capitaliste en Russie »], www.aglob.info, archives des « Analyses », 4 juin 2003.

[75] L’Institut des Problèmes de la Globalisation a été créé en 1995 par l’économiste Mihaïl Delâgin, ancien conseiller politique du premier ministre Mihail Kas’ânov puis membre du conseil politique du parti « La Patrie » (Rodina), comme une structure regroupant plusieurs chercheurs et analystes provenant de structures étatiques ou commerciales pour l’étude des problèmes nés des processus de globalisation. Son activité est rendue publique depuis 1998 et il fonctionne en toute autonomie comme structure non-commerciale depuis 2000. Son directeur a été de 2002 à 2006 Boris Kagarlickij, sociologue et analyste d’orientation marxiste, spécialiste de la politique intérieure russe et du processus de globalisation. Une scission a eut lieu en 2006 : M. Delâgin a repris la direction et le nom légal de l’Institut et B. Kagarlickij a créé l’Institut de la Globalisation et des Mouvements Sociaux – IGSO (Institut Globalizacii i social’nyh dviženij), http://www.igso.ru.

[76] Kostâ Mauser, « Kto šagaet pravoj ? Levoj ! » [Qui marche à droite ? A gauche toute !], www.aglob.info, archives des « analyses », 5 mars 2003.

[77] Boris Kagarlitskii , « Social Forum in Russia », www.iprog.ru, archives des articles, 6 mai 2005.

[78] Pour de plus amples informations, on pourra consulter le site www.ikd.ru .

[79]« V Sankt-Peterburge otkrylsâ lager’ dlâ antiglobalistov », [« Un camp d’antiglobalistes a été inauguré à Saint-Pétersbourg »], archives du site www.aglob.info, rubrique Sobytiâ, 11 juillet 2006.

[80] Le premier Forum Social de Russie avait rassemblé près de 750 personnes dans les locaux de l’Université de Moscou en avril 2005.

[81] Sergej Matveev, « Ideologiâ ob’’edinennoj oppozicii », [« L’idéologie de l’opposition unifiée »], archives des Analyses du site www.aglob.ru, 16 juillet 2006.

[82]« Pis’mo učastnikov konferencii « Drugaâ Rossiâ » glavam gosudarstv G-7 », [« Lettre des participants à la conférence “l’Autre Russie” adressée aux chefs d’Etats du G-7 »], www.theotherrussia.ru/statement

[83] Pierre de Senarclens, La mondialisation, Théories, enjeux et débats, Paris, Armand Colin, 2002, p. 8.

[84] Anne Coldefy-Faucard, op. cit., page 88.

[85] Vladislav Surkov, « Suverenitet – eto političeskij sinonim konkurentosposobnosti », [La souveraineté est le synonyme politique de la compétitivité], 22 février 2006.
Cette intervention est disponible en intégralité en ligne, sur le lien suivant : http://www.edinros.ru/news.html?id=111148
C’est lors de cette première intervention importante que V. Surkov pose les fondements de sa théorie selon laquelle la Russie n’est réellement souveraine et démocratique que depuis les changements stratégiques induits par les orientations que V. Poutine a données à la politique intérieure et extérieure du pays. Par opposition à la période eltsinienne, la Russie serait devenue moins corrompue, plus combative et plus respectable sur la scène internationale : plus personne ne lui »:dicte la politique qu’elle doit mener et elle ne doit plus rendre compte de son budget auprès du FMI:». La »:politique de stabilisation », la « dictature de la loi:» et la »:lutte contre les oligarques », toutes initiées et soutenues avec fermeté par V. Putin, feraient partie d’une « politique plus vaste, celle de la démocratisation ».

[86] RFE/RL Reports, “Ideological Doctrine Paves Kremlin’s Course”, August 7, 2006, Vol. 6, N 14, sur le lien suivant : http://www.rferl.org/featuresarticle/2006/8/20b326c7-80a1-4dc6-8dd0-d94fd3712db6.html

[87] Voir Vladislav Surkov, Osnovnye tendencii i perspektivy razvitiâ sovremennoj Rossii, [« Principales tendances et perspectives de développement de la Russie contemporaine »], Moscou, Institut Razvitiâ graždanskogo obŝestva i mestnogo samoupravleniâ, 2007, 48 p.

[88] Vladislav Surkov cite le discours prononcé en 1960 par Ernesto Che Guevara intitulé « Souveraineté politique et indépendance économique », « Rossiâ – samostoâtel’nij sub’’ekt istorii », [La Russie est un sujet de l’histoire à part entière], 11 juillet 2006, http://www.edinros.ru/news.html?id=114369.

[89] Ivan Mel’nikov, « Rossii nužna narodnaa demokratiâ », [« La Russie a besoin d’une démocratie populaire »], 31 août 2006, sur le lien suivant : http://www.cprf.ru/news/party_news/44020.html.

[90] Oleg Kulikov, secrétaire du Comité Central du PCFR, député de la Douma d’Etat, « Policejŝina pod vidom “suverennoj demokratii” », [« Répression policière sous couvert de “démocratie souveraine” »], Pravda, n° 69, 4-5 juillet 2006, p. 3.

[91] Anatolij Baranov, « Suverennaâ naciâ sozdaet svoû « publichnuû filosofiû » dla ograničennogo ispol’zovanič », [« La “nation souveraine” crée sa propre “philosophie publique” à usage restreint »], sur le lien suivant : http://www.cprf.ru/news/articles/politics/44079.html

[92] Vladislav Surkov, « Naša rossijskaâ model’ demokratii nazyvaetsâ “suverennoj demokratiej” », [« Notre modèle de démocratie pour la Russie s’appelle la “démocratie souveraine” »], 28 juin 2006.
Intervention disponible sur le lien suivant : http://www.edinros.ru/news.html?id=114108

Selon V. Surkov, « certains centres d’influence globale » situés en Occident se sont permis d’imposer par la force et de manière narquoise à certains pays, le statut de « démocraties dirigées ».

[93]« Suverennaâ demokratiâ – osnova ideologii “Edinoj Rossii” », [« La démocratie souveraine est la base de l’idéologie de “Russie Unie” »], 25 juillet 2006, sur le lien suivant : http://www.edinros.ru/news.html?id=114518

[94]« Prezident podderžal ideû suverennoj demokratii:», [« Le Président a soutenu l’idée de la démocratie souveraine »], 13 septembre 2006, sur le lien suivant : http://www.edinros.ru/news.html?rid=43&id=115334

[95] Les derniers exercices conjoints en date devaient se dérouler en octobre 2006 dans la région de Nijni Novgorod. Le PCFR a organisé un grand nombre de manifestations devant les ambassades américaines en Russie, mais aussi devant les représentations régionales du Ministère de la défense en réclamant l’annulation de cette coopération militaire. La présence sur le sol russe de militaires américains est source d’insécurité, Georges Bush est volontiers qualifié de « nouvel Hitler » qui porte la guerre en Afghanistan, en Irak et au Liban.

Voir « Doloj NATO ! Ânki, sidite doma ! », [« A bas l’OTAN:! Yankees, restez chez vous ! »], lettre adressée aux responsables politiques et militaires russes le 12 juillet 2006 http://www.cprf.ru/news/party_news/43037.html.

[96]Qualificatifs énoncés en 2003 à Evian, http://www.g8.fr/evian/francais/navigation/le_g8/historique_du_g8.html

[97]« Svodka o repressiâh protiv učastnikov RSF », [« Inventaire des répressions contre les participants au Forum Social de Russie »], http://ikd.ru/Campaign/RSF/Article.2006-07-10.4904.

[98]« Antisammit G8:: novoe lico oppozicii », [Anti-sommet du G8 : le nouveau visage de l’opposition], analyse disponible sur le site de l’Institut de l’Action Collective, http://ikd.ru/Campaign/RSF/.

[99] Boris Kagarlickij, « Proval i pobeda v Sankt-Peterburge », [« L’échec et la victoire à Saint-Pétersbour »], archives des Sobytiâ, [Evénements], du site www.aglob.info, 22 juillet 2006.

[100] Boris Kagarlickij, « Posle Peterburga:perspektivy i problemy rossijskih levyh », [« L’après Saint-Pétersbourg : les perspectives et les problème de la gauche russe »], archives des Analyses du site www.aglob.info, 24 juillet .2006.

 

Pour citer cet article

Henri Duquenne, « "Globalisation" et "anti-globalisation" chez les communistes russes », in Sylvie Martin (dir.) Circulation des concepts entre Occident et Russie, [en ligne], Lyon, ENS LSH, mis en ligne le 10 décembre 2008. URL : http://institut-est-ouest.ens-lsh.fr/spip.php?article143